27:99 99 SERMON LXXVI. 100 moy. Ici donc nous voyons comme Dieu previent tous merites: c'est qu'il ne regarde pas que nous ayons desservi: mais voyant que nous sommes miserables, desnuez de tout bien, et qu'il ne trouve en nous que fautes, par lesquelles nous meritons d'estre reiettez: neantmoins par sa misericorde infinie il s'oblige a nous, et declaire qu'il nous veut bien faire, comme si nous l'avions loyaument servi. Voila pour un item. Et cependant il ne laisse pas de dire: Faitez ce que ie vous ay commande, afin que vous iouissiez des biens que ie vous ay promis. La raison? C'est qu'il ne veut point qu'on se mocque de sa bonte: s'il est liberal, il ne veut point qu'on abuse de cela, comme les hommes ont accoustume d'en faire: quand il nous est monstre que tout ce que nous recevons de la main de Dieu est un don pur et gratuit, il nous semble que nous avons conge de mal faire, et vivre chacun a son appetit, et que c'est tout un. Or Dieu ne veut pas que sa liberalite soit ainsi profanee. Car c'est a une autre fin et but, quand il se monstre ainsi favorable envers nous: c'est que nous soyons incitez a une amour mutuelle envers luy, d'autant que nous le voyons estre un si bon pere, que nous luy respondions de mesmes, et que nous soyons ses enfans. C'est ce qui nous est ici monstre par Moyse quand il dit: Advisez d'obeir a vostre Dieu, voire pour posseder la terre laquelle il a promise a vos peres. Car d'un coste il monstre que c'est un heritage gratuit que la terre de Canaan : mais si ne laisse-il pas d'advertir le peuple qu'il ne doit pas se iouer avec Dieu, abusant d'une telle liberalite : mais qu'il doit estre tant mieux retenu en son amour et en sa crainte, quand il voit que Dieu a ainsi espandu les grandes richesses de sa misericorde: que cela le doit enflammer pour dire: Adonnons-nous pleinement a nostre Dieu, puis qu'ainsi est qu'il nous a cherche du temps que nous estions eslongnez de luy, puis qu'il nous a prevenus par sa bonte, ne regardant point dequoy nous estions dignes: mais qu'il a prins en soy occasion de nous bien faire. Que cela donc nous enflamme tant plus le desir de nous ranger sous sa main et sous sa volonte. Touchant de ce que Moyse ne parle sinon de la terre de Canaan, et des fruits que le peuple y devoit recueillir pour estre nourri et substante: ce n'est pas que Dieu n'ait voulu mener les fideles plus loin alors. Car il est certain qu'ils ont eu la promesse de vie, telle que auiourd'huy elle est contenue en l'Evangile: c'est un blaspheme execrable contre Dieu, si on dit que Dieu a tenu le peuple ancien comme des porceaux en l'auge, et qu'eux n'ont eu que ie ne say quelle figure presente des biens spirituels qui auiourd'huy nous sont donnez. Comme ce miserable qui a este ici puni, ainsi qu'il a tout per-