27:75 75 SERMON LXXIV. 76 ses oeuvres, tellement que nous soyons contraints de confesser que c'est luy qui nous a aidez, et secourus. Notons bien donc que quand il a ainsi multiplie son peuple, il a voulu faire un miracle qui n'eust iamais este attendu: afin qu'on ne doutast plus que c'estoit luy qui avoit parle a Abraham, et qu'il ne luy avoit point promis en vain d'estre le Dieu, et le protecteur de toute sa race. Auiourd'huy on trouvera des mocqueurs, qui pour mettre les choses en doute, allegueront: Est-il possible qu'en si petite espace de temps septante personnes soyent creues iusques a faire sept cens mille? Est-il possible? Voire mais si lo peuple se fust augmente a la facon commune: que diroyent-ils? Et cela n'est-il pas advenu a d'autres? et faut-il dire que c'est Dieu qui nous gouverne? car l'ordre de nature en porte autant. Voila que diront ces mocqueurs. Or nous voyons la malice qui est aux hommes. Car si Dieu ne passe point le cours ordinaire de nature, ils ne voyent goutte pour contempler sa main, il leur semblera que c'est fortune, ou que c'est leur prudence, ou les moyens inferieurs de ce monde : mais au contraire quand Dieu eslevera sa main forte, et qu'il fera ce qui estoit incomprehensible, et que iamais on n'eust pense, alors les hommes diront: Et comment cela s'est-il fait? Et voudroyent mesmes aneantir la vertu de Dieu sous ombre qu'elle surmonte leur sens et leur capacite. Or de nostre part apprenons de faire cest honneur a Dieu (comme il le merite bien aussi) de ne point iuger a nostre phantasie de ses oeuvres: voire, sur tout quand elles seront miraculeuses. Et ici nous avons comme un miroir comment c'est que Dieu suscite son Eglise: comme aussi il en parle par son prophete Isaie: Regardez a la carriere (dit-il) dont vous avez este tirez. Regardez a la matrice de vostre mere Sarra. Regardez a vostre pere Abraham: n'estoit-il pas seul? toutesfois maintenant ie vous ay multipliez, comme la chose le monstre. La Dieu accompare la matrice de Sarra a une carriere de pierre. Voici (dit-il) dont vous estes procedez. Comment pourroit-on tirer d'une carriere de pierre un peuple pour estre augmente en telle multitude que vous estes? et toutesfois ie vous ay tirez de la, vous estes descendus d'une telle source. Car vostre pere Abraham qu'estoit-ce? Un povre vieillard tout casse, et rompu: qui en eust attendu un tel peuple? Or apprenez donc de sentir que ce suis-ie qui vous ay multipliez, et que vous tenez tout de moy. Voila donc ce que nous avons a retenir: c'est assavoir quand Dieu appelle son Eglise, et luy donne estre, qu'il y besongne en telle sorte, qu'on peut bien dire (comme sainct Paul en parle au premier chapitre de la premiere aux Corinthiens) que c'est de luy que nous sommes. Or il n'entend pas que nous ayons este creez de