32:591 591 NEUFIEME SERMON 592 quelque petite affection et maigre suyvre Dieu, nous en serons bien tost lassez. Il faut donc que nostre coeur y soit adonne du tout, ou nous ne pourrons pas tenir bon pour resister a Satan. Or il est dit puis apres, Leur coeur est gras comme sein, mais Vay prins plaisir en ta Loy. Yci David fait comparaison des contempteurs de Dieu, avec ceux qui ont desir de le servir. Et pourquoy? Il monstre que la cause qui induit ainsi les incredules a mespriser Dieu, est la vie dissolue et brutale qu'ils meinent: d'autant qu'ils sont engraissez comme un porceau qu'on engraissera en Pauge, qu'on aura creve de gland, ou d'orge. Et bien, le voyla entortille en son sein. Il est si trespesant qu'il ne se peut bouger: combien que ce soit desia une beste pesante, qui ne demande que la fange et l'ordure, encores sera-il plus pesant beaucoup quand on l'aura bien engraisse. Autant en est-il de ces mal-heureux qui mesprisent Dieu, qui n'ont nul esgard a la vie eternelle, qui s'adonnent du tout a leur ventre. Ils sont enveloppez en leur sein, comme une beste qui aura tousiours le groin en l'auge. Or au contraire, David dit qu'il a prins son plaisir a la parole de Dieu. En quoy il signifie, qu'encores que Dieu l'ait engraisse, si est-ce qu'il n'a point este enveloppe en son sein, mais a prins son plaisir en ce bien spirituel qui luy estoit donne, d'autant, que Dieu l'avoit enseigne en son escole. Voyla donc ce que nous avons a retenir de ce passage: que si nous voyons la pluspart du monde qui mesprise Dieu, il ne nous faut point esbahir de cela. Et pourquoy? Advison8 bien ou c'est que les hommes constituent leur felicite, et nous trouverons quTils sont comme des boeufs ou des porceaux, ne demandans sinon de vivre en ce monde sans regarder plus loin. Or si faut-il bien que nous ayons un autre regard, si nous voulons servir a Dieu comme il appartient: c'est ascavoir, que nous prenions tel plaisir et telle resiouissance en sa parole, que nous ne soyons plus adonnez au monde, comme nous sommes par trop. Et encores que Dieu nous donne abondance, mesmes qu'il nous donne nos aises et des commoditez en ce monde, ne nous appuyons point la dessus, mais cognoissons que tout cela ne sont que petis moyens et accessoires: taschons d'aller au principal, ascavoir, que nous le cognoissions pere et Sauveur: et le cognoissans tel, que nous aspirions a, luy, et a ceste vie immortelle, a laquelle il nous convie et nous appelle. Voyla, dy-ie, ce que nous avons a retenir. Et au reste, si Dieu quelques fois nous domte par afflictions, venons a ce que David adiouste, c'est