5:565 ACTES DE RATISBONNE. authorite qu'elle a par devers soy la vraye intelligence et interpretation de l'escripture. Car elle retient le fondement et a le don d'interpretation, comme dit sainct Paul. Mais aucunefoys plus pur, aucunefoys moins. Quand Paul Samosatenus ancien hereticque, estant mene de sa rage, ne vouloit accorder que la parolle au premier chapitre de sainct Iehan, se deust entendre la personne du [fol. 63] Filz de Dieu: les Evesques voisins convindrent, et monstrerent par la procedure mesme de l'Evangeliste et aultres passages, qu'il le falloit ainsi prendre : et pareillement asseurcrent, que ceste avoit este la sentence de l'Eglise catholique, enseignee des le temps des Apostres. Du temps que Pelagius sema son opinion philosophicque de la iustice des oeuvres, de la quelle phantasie plusieurs et quasi la plus part avoyent desia este abreuvez par les livres d'Origenes, Dieu emflamba le coeur de sainct Augustin, pour veoir et consulter cest erreur, et mettre en avant la doctrine de la grace au contraire. Voila comme le don d'interpretation est par devers la vraye Eglise : mais il ne est pas attache a certaines personnes, ny a certains lieux : et maintenant est donne a plus grand nombre, maintenant a plus petit: aucunefoys plus entier et excellent, aucunefoys moins. Comme sainct Paul dict, que aucuns bastissent foin et paille sur ce fondement. Puis donc qu'en l'Eglise est le don de interpretation, il la convient ouyr quand elle enseigne. Or qui seront ceux qui l'auront, on la congnoistra par ces deux signes: par tesmoignages de l'escripture bien conformes a ce qu'on dira, et par le consentement universel des fideles. Nous appellons le consentement universel tant des Peres du vieil Testament, que des Prophetes et Apostres: et ce que nous entendrons par certains tesmoignages avoir este enseigne d'eulx, avec ce qui sera accordant. Comme Origenes recite, que le Baptesme des petiz enfans a este baille par leurs mains: et Ireneus afferme, qu'il tient de Polycarpe la doctrine des deux natures au Filz de Dieu: et que Polycarpe l'avoit receu de sainct Iehan. Il y a beaucoup d'exemples semblables aux anciens Docteurs, qui sont comme hystoires de l'Eglise premiere pour nous monstrer la doctrine quelle a tenue. Et d'autant que ce qu'elle a senty convient tresbien avec les escriptures, c'est une tresbonne ayde pour confermer les coeurs des fideles. Mais cependant la foy se repose sus le parolle de [fol. 64] Dieu enseignee par les Apostres et Prophetes. Possible qu'un payen lisant ceste sentence: Dieu estoit la parolle, ne penseroit pas, que ce mot signifiast la personne du Filz de Dieu. Pourtant il fault escouter l'Eglise en laquelle il y a consentement universel pour l'exposer ainsi: ainsi le fidele estant admoneste et ay de de ceste interpretation