20:520 tenir la font tousiours ceste question, sil nest pa& possible dy servir a dieu aussi bien qu'ailleurs. Or de voz desduyre ce propos ce nest pas matiere dune lettre. Et ie vous renvoye aux livres qui en sont escritz. Seulement ie vous prieray, en vostre conscience, ne 3) sentez vous pas ce qui en est, puis que nul vous en sonne mot? Et quant tout le monde vous auroit absoulte, n'aves vous pas des remortz qui vous picquent? Qui plus est, dont procedent les doubtes que vous faictes, sinon que vous craignes en deslogeant de quicter vos ayses et commodites? Car si vous aviez conclu a bon escient de servir a dieu sans nul aultre regard, vous ne vous amuseriez plus en tels circuitz. Quant vous auries ceste vertu de vous exposer plus tost a tous dangers que de flechir de vostre devoir, vous porries dire que la terre est au seigneur. Oar cest assez que nous luy facions hommage de corps et d'ame 4) quelque part qu'il nous nourrisse. Mais si vous estes convaincue sans autre tesmoing que vous ne le glorifiez pas comme il appartient, mais tenes la clarte quil vous a donnee comme estainte soubz vous piedz, vous debvez sentir que vostre estat est plus que miserable. Or combien que pour ung temps les vains subterfuges qui trompent beaucoup de gens aient aussi gaigne sus vous, a ce que ientens, dieu vous a reduicte a ce point de vous faire sentir vostre mal pour vous y desplaire. Et en cela jl a bien monstre quil avoit pitie de vous. Aussi en tout ce quil a dispose de lestat de vostre maison, il semble qu'a veue doeil jl vous ait tendu la main. De vostre coste je croy que vous ne sere& pas marrie si ie vous remectz en memoire que vous avez fuy le bien qu'il vous offroit. Car vous scaves quant jl vous a mise le premier coup en liberte, quen cherchant nouveau lyen il navoit pas tenu a vous que vous ne fussies comme plongee en labisme sans esperance den sortir. Et de faict ce qu'apres vous aves este si froide et comme amortie, estoit un signe que son esprit estoit eslongne de vous, combien que mesme en cest endroict 5} 3) Deux lignes omises dans l'imprime, jusqu'au mot absoulte. 4) d'esprit Bt. 5) ll est impossible de deviner a qui cette lettre est adressee (si tant est qu'elle ait jamais ete achevee) et a .quelle epoque elle a ete ecrite. Mr. Sonnet y a mis le millesime de 1554; dans la copie de Simler une note porte: f. 1555 et une autre mam a mis: mens. lan. 1549. Tout cela ne nous semble etre d'aucune valeur.