20:220 peu de l'Evangile que pas un de ses subiects ne luy faisoyent requeste pour lavancement d'iceluy. Ie luy dis que si elle vouloit ie luy en ferois faire requeste a toutes les Eglises. Mais sa responce fut maigre en cest endroict. Cependant ie fais par dessous terre soliciter les Eglises de faire des requestes, signees des magistrats qui estoyent de l'Eglise, a ce que la papaute fust abolie, et encores les Eglises en font tous les iours. Et quant a moy ie ne faillois pas a soliciter et la roine et ses conseillers, avec protestations que si l'Evangile n'estoit avance en ce pays qu'il ne tenoit pas a moy, et ne cachois pas que ie le declarerois quand il seroit de besoin. Vous en attendos l'issue? Les unes ont obtenu quelques temples repurges des idoles, les autres ont obtenu que toute l'idolatrie de papaute en fust abolie, de sorte qu'il reste bien peu de villes en ce pays qui ayent la papaute, ou elle ne soit pour la pluspart abolie, voire mesmes les principales bourgades et beaucoup de villages ont este repurges de la papaute, et cela a este fait avec telle diversite que les plus grandes Eglises ont souvent obtenu le moins et les moindres le plus, tellement que ces beaux conseillers se rendent ridicules a tout le monde, et si ne me scauroyent faire plus grand honneur, d'autant qu'on scait que ie ne m'en mesle plus, comme ie confesse que ie ne le cache pas. Cecy m'avoit fait concevoir quelque petite esperance parce qu'il est impossible de racoustrer cela sans abbattre toute la papaute. Mais elle m'a mis une difficulte, a savoir qu'elle ne pensoit pas que vous, ny Mr. de Bese, ny l'Eglise de Geneve fust de mon avis pour abbattre toute la papaute en ce pays, vu les conditions des personnes d'iceluy. Oar quant aux autres ministres de ce pays elle pense qu'ils sont tous guagnes par moy. Elle dit que ce peuple est non seulement rude mais adversaire de l'Evangile, et que si on leur oste toute la papaute, on les laissera sans religion, encores qu'on leur face prescher l'Evangile, a cause qu'ils ne le voudront pas escouter ny recevoir. Il est vray qu'il y a une grande rudesse et qu'en beaucoup de lieux peu le recoyvent. Combien que ie le puis comparer a ceux du pays de Savoye vos circonvoysins, en ce faict neantmoins il y a deux differences: L'une qu'ils sont les plus obeissans qu'il est possible, l'autre qu'ils ne sont pas tant ennemis de l'Evangile, et qu'il y a plusieurs cartiers ou il prospere fort bien. Vous pouves aisement voir qu'il ne m'est pas difficile de repousser tout cela: et ie luy remonstre les moyens les plus doux pour y proceder qu'il est possible. Ie ne vous reciteray pas au long cela, d'autant que ie serois trop long, et il ne vous est pas mal aise de le scavoir, voire beaucoup d'autres qui me sont incognus. Or elle vous en veut