27:213 213 SUR LE DEUTER. CHAP. XII. 214 Dieu, apres qu'il les aura mis en possession de leur heritage: nous pouvons iuger que c'a este un peuple fort malin, et fort difficile a gouverner. Car qu'est-ce que Moyse demande d'eux? Qu'ils ne mettent point en oubli celuy qui les avoit rachetez, et puis qui leur avoit donne sa Loy: qu'ils se tinssent la, sans se polluer parmi les superstitions des Payens. Or ils avoyent deux choses pour estre retenus au service de Dieu. Car il leur devoit bien souvenir comme il les avoit rachetez de la servitude d'Egypte: une telle grace ne meritoit elle pas bien que tousiours ils persistassent a recognoistre leur Redempteur? Et puis pour exemple ils avoyent de si beaux miroirs, voyans que Dieu avoit extermine les habitans de ce pays de Canaan, et que c'estoit un signe que toutes leurs abominations luy estoyent insupportables: ne devoyent- ils pas bien regarder a tels exemples pour en faire leur profit? Or quand nous aurons cogneu la malice de ce peuple, venons a nous, et sachons que nous ne sommes point meilleurs, et que nous avons besoin de l'admonition qui est ici contenue. Qu'ainsi soit, Dieu renouvelle tous les iours ses graces envers nous. Si seulement nous avions senti sa bonte pour un coup en toute nostre vie, encores cela nous devroit servir de bride pour nous tenir en son obeissance: mais il ne cesse de tous les iours augmenter ses benefices, et cependant il ne faut que tourner la main, que tout nous est eschappe, il ne nous en souvient plus pour en faire nostre profit: brief il semble que nous appliquions toute nostre estude a ensevelir les biens que Dieu nous fait, afin que nous n'ayons point occasion de l'honorer. Voila nostre ingratitude qui se monstre par trop d'un coste. Or cependant nous voyons assez d'enseignemens que Dieu nous donne, chastiant ceux qui ont failli devant nos yeux, et nous espargnant: ne devrions-nous pas mieux penser a ses iugemens qu'il execute ainsi? Car ce ne sont pas choses obscures: il ne reste sinon que nous y soyons attentifs: mais il semble que nous voulions faire des aveugles a nostre escient, et ne rien savoir de ce qui nous est plus que patent et notoire. Soit donc que Dieu nous attire a soy par beaucoup de graces qu'il nous eslargit, soit qu'il nous instruise a le craindre, quand il chastie en nostre presence ceux qui l'ont offense, tout cela ne profite rien: car nous sommes ingrats, et tout ce qu'on nous fera de bien, sera temps perdu: et cependant si nous voyons qu'il se soit monstre Iuge contre ceux qui l'avoyent offense, nous n'y pensons point, nous laissons passer tout cela. Auiourd'huy pouvons-nous ietter la veue ne ca ne la, que nous ne voyions beaucoup d'instructions toutes visibles, par lesquelles nous devrions Bien estre advertis de cheminer en crainte et soli-