15:194 Dieu aide a nostre paresse et froidure. Et puis que4 maintenant vous estes au bout pour eschapper, soiez soigneuse de faire valloir ceste occasion. I¨Ï le dy pour ce quil semble que vous pretendie^ faire encores quelques circuitz, ce que ie ne trouve nullement bon. Car vous navez que trop dellaye iusque icy, et y a danger que Dieu ne renverse vostre compte* Si vous attendez davoir issue en tous voz affaires, iamais vous nen viendrez a fin. Et aussi Dieu veult que nous quittions3 pour lamour de luy, non seulement quelque portion, mais nostre vie propre. Parquoy estimez quil vous espargne tant et plus en vous donnant pour vous nourrir le reste de vostre vie, et contentez vous de cela. Tant y a que si vous ne fermez les yeux a ce que vous laissez, ne regrettant point ce qui vous tient empestree, que vous ne serez iamais preste a chercher Iesus Christ. Il y a encores ung poinct, que Dieu nous veult apprendre de nous fier en sa Providence. Ainsi voiant quil nest possible de mettre ordre a tout, remettez entre ses mains ce qui vous pourroit longuement retarder. Ie ne vous donne pas ce conseil pource que ie preigne plaisir a vous appaovrir, et si ne suis pas poulse de quelque hastivete trop grande. Parquoy ie vous prie au nom de Dieu de coupper broche a toutes les entreprinses qui vous recullent. Au reste quant, apres vous estre resolue, vous prendrez courage, ie me tiens asseure quen moins dun moys vous viendrez a bout de ce que vous ne pensez faire en demy an. Mais il faut prendre le frain aux dens. Au reste pource que nous avons pense quil ne se pouvoit faire que ne fussiez fort empeschee, nous navons voulu faillir de vous prouveoir de quelque secours, mesme devant quen estre requis. Nous avons doncq prie ce porteur dentreprendre le voiage, estimantz quil vous delivrera de grandes fascheries, et Dieu nous la offert a soubhaict. Quant a la preudhommie, elle nous est congneue tellement que ie nen doubte nullement, et quant iaurois de grands biens ie men oserois hardiment fier en luy. Oultre cela, il est homme entendu, et qui vous pourra ordonner vostre cas aussi bien ou mieux quon ne vous eust peu de viser par escrit. Pour le troiziesme, il est congneu et sur tous a toutes les bonnes adressee. Ainsi ie vous prie de ne laisser passer ceste occasion que Dieu vous offre, car nous ne doubtons pas que ladvis ne soit venu de luy.l) Ma Dame, pour faire fin, apres mestre recommande affectueusement a vostre bonne grace, ie 1989. 1) Nous ignorons si Mad. de Cany parvint a se soustraire aux mauvais traitements de son mari et a se rendre a Geneve. Le nomme Dymonnet qui a du lui porter cette lettre etait peut-etre un frere de Matthieu D. brule a Lyon en Janvier 1553. 13