20:112 voir. 1) Devant que y respondre je rendz graces a Dieu de ce quil vous a si bien touche de son esprit que vous neslargissez point vostre conscience pour vous dispenser comme beaucoup dautres, lesquelz toutesfois apres sestre bien excusez devant les hommes, sont contraints de se condamner devant Dieu. Maintenant pour venir au poinct, je scay que vous nentendez pas de vous deguiser comme nageant entre deux eaux. Mais seulement vous demandez si aiant faict protestation toute notoire de vostre chrestiente, il vous sera licite (l'accompagner la Royne2) tant en quelques processions qu'en autres actes d'idolatrie* Sur quoy, Monseigneur, vous aves a regarder deux choses, premierement de ne point contrister les enfans de Dieu ou leur estre en scandalle, ou degouster les infirmes ou ignorans. Pour le second de ne point donner occasion aux ennemis de verite de ne point lever leurs orestes et faire leurs triomphes, mesmes de ne point leur ouvrir la bouche pour blasphemer le nom de Dieu et se mocquer de la vraye religion. Nous debvons estre songneusement attentifs a ces deux considerations, comme aussi elles nous sont fort recommandees. Puis doncques que le S. esprit vous deffend notamment de contrister voz freres en cest endroit, pensez combien il y aura des pouvres gens navres en le coeur, quand ilz vous verront faire les montres avec une bande qui marche pour despiter Dieu. Quant au scandalle, vous voiez combien il sera grand et s'estendra loing. Car beaucoup se prendront a vostre exemple, mesmes les hypocrites qui iusques icy ont eu honte de leur laschete, se taudiront de vostre ombre. Dautre part il n'i a doubte que vous ne faciez enorgueillir les malins, non seulement pour vilipender l'Evangile, mais aussi pour se fortiffier en cruaute contre ceux qui ne vouldront caller la voille. Brief d'autant [plus que vous regarderez a toutes les circonstances, vous jugeres que Dieu y seroit offense en plusieurs sortes. Il ne reste que lexemple de Naaman. Mais la diversite est si grande entre les personnes, que vous ne pouvez appliquer ce quil a faict a vostre usage. Il n'i avoit homme que luy au pais de Syrie qui craignoit Dieu, ne que eust devotion de le servir, parquoy il n'i avoit nul 3996.1) Crussol avait donc fait demander l'avis de Calvin sur Ja conduite a tenir, etant dispose favorablement pour le protestantisme, mais ne voulant pas rompre avec la cour ni renoncer a sa position politique. Il avait bien servi la cause protestante, mais il ne l'avait pas embrassee ouvertement. Calvin lui fait comprendre qu'une position equivoque ne convenait ni a son honneur et a sa conscience, ni aux interets du protestantisme. Crussol resta catholique, quoique M. Haag (IV. 130) en dise trop en affirmant qu'au fond du coeur il Tetait reellement. 2) Les editions latines mettent un N. ici et plus bas.